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Projet AspirE : Quels sont les moteurs migratoires entre l'Asie et l'UE? 

Publié le 19 janvier 2026 Mis à jour le 19 janvier 2026

Une vaste étude menée dans 11 pays révèle que les décisions migratoires des Asiatiques vers l'Europe sont davantage influencées par des considérations familiales et personnelles que par les politiques migratoires, pourtant complexes et sélectives. Le projet de recherche AspirE, financé par le programme Horizon Europe jusqu'en février 2026, a analysé 850 témoignages de migrants et candidats à la migration entre l'Asie de l'Est, l'Asie du Sud-Est et l'Union européenne. L’étude a été coordonnée par Asuncion Fresnoza-Flot (chercheuse qualifiée FNRS et maîtresse d’enseignement). 

Le paradoxe de l'attractivité européenne

Malgré les crises économiques successives, les tensions géopolitiques et les conflits armés, l'Union européenne continue d'attirer des flux migratoires importants depuis l'Asie. Entre janvier 2023 et décembre 2024, les chercheurs du projet AspirE ont collecté 390 entretiens approfondis, 149 cartes de réseaux sociaux et 284 journaux vidéo dans cinq pays asiatiques (Chine, Japon, Philippines, Thaïlande, Vietnam) et six États membres de l'UE (Belgique, République tchèque, Allemagne, Italie, Portugal, Finlande).

Cette recherche qualitative à grande échelle met en lumière un décalage majeur entre les systèmes migratoires européens et les motivations réelles des personnes en mouvement.


Des politiques migratoires qui filtrent les "désirables"

Les cadres légaux régissant les mobilités humaines vers l'UE apparaissent fragmentés, sélectifs et hiérarchisés. « Les systèmes de migration régulière vers l'UE sont complexes, vagues et favorisent clairement les personnes 'désirables' : citoyens de pays développés et travailleurs hautement qualifiés », explique Asuncion Fresnoza-Flot, coordinatrice du projet à l'Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Sciences sociales. 

Ces cadres légaux créent des situations concrètes pour les candidats à la migration : retards administratifs importants, barrières linguistiques, impossibilité de s'adapter aux transitions statutaires (changement de visa étudiant à visa travail, par exemple), et traitement différencié selon les nationalités. Les migrants hautement qualifiés, eux-mêmes privilégiés par ces politiques, perçoivent souvent l'Europe comme un lieu de résidence temporaire plutôt que comme une destination d'installation durable.


Les réseaux personnels, véritables facilitateurs de la migration

Au-delà des cadres institutionnels, les réseaux jouent un rôle déterminant dans la concrétisation des projets migratoires. « À l'exception des Japonais, tous les migrants potentiels s'appuient massivement sur leurs réseaux personnels et digitaux pour concrétiser leur projet de mobilité », souligne l'étude.

Les travailleurs saisonniers thaïlandais en Finlande ou les migrants vietnamiens en République tchèque font appel à des intermédiaires (personnes ou institutions) lorsqu'ils disposent de peu de ressources ou d'informations. Ces réseaux officiels fournissent une aide pratique, tandis que les réseaux personnels offrent un soutien plus large : assistance pratique, soutien émotionnel et aide financière.


La famille au cœur des décisions

La découverte la plus significative de l'étude concerne la prédominance de la dimension personnelle dans les choix migratoires. La situation familiale, les projets professionnels, le désir d'équilibre entre vie professionnelle et personnelle, la recherche d'égalité entre les genres, ou encore les événements marquants du parcours de vie (naissance, mariage, divorce) structurent profondément les décisions.

« Les cadres légaux génèrent des émotions désagréables qui peuvent pousser à repartir, mais la dimension personnelle, notamment le bien-être familial, pèse davantage dans la décision finale », précise Asuncion Fresnoza-Flot. Les participants à l'étude privilégient systématiquement le système de protection sociale du pays de résidence et la qualité de vie de leur entourage proche.

Les émotions, bien que fluctuantes tout au long du processus migratoire, n'exercent pas automatiquement une influence déterminante sur la décision finale de partir, rester ou revenir.


Une capacité d'action malgré les contraintes

Les résultats du projet AspirE démontrent l'agentivité des migrants et candidats à la migration. Confrontés à des cadres légaux restrictifs, ces individus développent des stratégies d'adaptation : activation de réseaux, recours à des intermédiaires, ajustement des projets professionnels, et priorisation du bien-être familial.

Cette capacité d'action soulève des questions sur l'efficacité des politiques migratoires européennes actuelles. Si les systèmes légaux influencent les parcours administratifs et génèrent des obstacles concrets, ils ne déterminent pas à eux seuls les choix de mobilité. Les décisions migratoires résultent d'un équilibre complexe entre contraintes institutionnelles, ressources sociales et aspirations personnelles.


Implications pour les politiques européennes

Les six Policy Briefs publiés par le projet AspirE entre 2024 et 2025 formulent des recommandations pour améliorer les systèmes migratoires européens. Ils soulignent notamment la nécessité de simplifier les procédures administratives, de réduire les délais de traitement, de renforcer le soutien institutionnel pré-migration, et de mieux prendre en compte les dimensions personnelles et familiales dans l'élaboration des politiques.

Le projet AspirE se poursuivra jusqu'en février 2026, date à laquelle les conclusions finales seront présentées aux institutions européennes et aux États membres.

 
À propos du projet AspirE

Le projet AspirE (Asian prospects in re/migration to/within the EU) est financé par le programme Horizon Europe de l'Agence exécutive européenne pour la recherche (REA) de janvier 2023 à février 2026. Il réunit des chercheurs de plusieurs institutions européennes et asiatiques pour analyser les aspirations et décisions migratoires entre l'Asie et l'Union européenne.